Accompagnement éducatif : les orphelins de 16h le resteront !

Dans un contexte difficile, la généralisation du dispositif dans la précipitation aboutit à des situations ubuesques, où l’intérêt des élèves passe systématiquement après l’application coûte que coûte de la loi.

Le SNES de Guadeloupe a mené son enquête sur les établissements de l’académie pour connaître la réalité de la généralisation de l’accompagnement éducatif dans les collèges. Le bilan est inquiétant, tant pour la circulaire qui n’est quasiment pas appliquée, que pour les élèves qui ne peuvent bénéficier réellement du soutien pourtant promis par le ministre.

À l’exception des établissements où il existait déjà l’année dernière (éducation prioritaire principalement), le dispositif n’est pas entré en application au premier octobre comme il devait l’être. Les enseignants sont loin d’adhérer au dispositif, malgré les promesses d’heures supplémentaires défiscalisées, en particulier les collègues qui l’ont déjà testé l’année dernière et qui semblent même fuir l’accompagnement éducatif.

Dans la majorité des cas, selon notre enquête, les trois domaines concernés et obligatoires selon la circulaire ne seront pas proposés aux élèves (soutien scolaire, activités sportives, activité culturelles), faute de personnels compétents et volontaires. Il a même fallu qu’un établissement ait recours exclusivement à des assistants d’éducation pour que le dispositif puisse débuter. Pire ! cet établissement a même annualisé les services de ces contrats précaires pour assurer les heures sans avoir à les rémunérer !

Les enseignants qui ont adhéré au dispositif l’année dernière sont frustrés de constater que leurs efforts sont ruinés par des coupes franches dans les budgets pour pouvoir financer la généralisation du dispositif à moyens constants.

Mais le constat le plus inquiétant reste sans aucun doute pour les élèves qui ne pourront pas tous bénéficier du dispositif d’accompagnement éducatif. Dans l’immense majorité des établissements qui nous ont répondu, l’accompagnement éducatif n’a pas été proposé à tous les élèves, mais uniquement à un public désigné par les équipes éducatives. On est très loin de l’égalité des chances prônée par le ministre, et encore plus de l’égalité entre l’ensemble des élèves revendiquée par le SNES.

Quant aux horaires proposés, il ne s’agit nullement d’un temps après l’école. La plupart du temps, les créneaux proposés correspondent aux trous des enseignants volontaires correspondant aux heures creuses de classe : on voit ici tout le manque d’ambition pédagogique dans la pratique ! Certains collègues désabusés par le système n’hésitent pas à parler de garderie sur-rémunérée !

Le SNES s’inquiète très fortement de la mise en place de ce dispositif qui ne respecte aucunement les prescriptions de la circulaire de mise en œuvre du 19 juin 2008. Le public choisi interdit de fait à l’ensemble des élèves volontaires d’avoir accès à ce dispositif.

Au vu de cette enquête fort peu reluisante sur la mise en œuvre d’un dispositif phare du ministère, le SNES réitère donc ses demandes de soutien scolaire pour l’ensemble des élèves, avec des horaires inclus dans les services des enseignants, et qui permettrait à ces derniers d’intervenir auprès des élèves qu’ils connaissent, renforçant par là-même la cohérence pédagogique.