Texte adopté par la CA Académique du 11 Janvier 2010

, par  Guillaume MARSAULT

Dans un contexte de crise sociale & économique, tous les indicateurs montrent que le système de protection à la française (ou plutôt ce qu’il en reste), est un facteur de limitation de la crise. Pourtant, le gouvernement, loin des préoccupations des classes populaires s’attachent à employer les méthodes libérales prônées par le FMI & différents organismes internationaux qui ont conduit de nombreux pays à la crise voire à la faillite (Argentine, plus récemment Islande...). Les services publics sont privatisés ou menacés de l’être (la Poste). L’Éducation Nationale subit de plein fouet la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. À la rentrée, ce sont 66 postes pour notre académie, 6.000 pour le second degré, & 16.000 dans l’ensemble de l’enseignement qui vont être supprimés. La diminution du nombre de fonctionnaires améliorerait le service public d’Éducation. Mensonge !
Le gouvernement élève le niveau de recrutement au concours, mais opère de gigantesques coupes sombres dans la formation, mettant en responsabilité les stagiaires à hauteur de 12h, & prétend que la formation sur le tas va améliorer la qualité de l’enseignement. Mensonge !
Le gouvernement prétend réformer les lycées en diminuant le nombre d’heures pour l’ensemble des disciplines. Moins d’heures de cours généreraient de meilleurs résultats prétend le gouvernement, qui dans le même temps explique que l’on doit travailler plus pour de meilleurs résultats économiques. Vaste paradoxe ? Mensonge !
Le gouvernement change les décrets statutaires dans l’Éducation nationale, modifiant les conditions de service des enseignants des collèges & lycées. Il renforce le pouvoir des chefs d’établissement, il crée une hiérarchie intermédiaire avec des pouvoirs forts aux conseils pédagogiques, aux ordres du chef d’établissement. Il supprime toute démocratie dans les conseils d’administration. Le chef d’établissement deviendrait le Chef, pour améliorer la qualité de l’enseignement. Mensonge !
Le gouvernement admet une perte de pouvoir d’achat important pour l’ensemble des fonctionnaires. Il propose une augmentation de 100 € pour les entrants dans le métier. Rien pour les autres. Ainsi, l’ensemble des fonctionnaires serait revalorisé par le biais de l’avancement d’échelon & de la GIPA (Garantie Individuelle de Pouvoir d’Achat). Mensonge !
Il faut une certaine dose d’aplomb, de mauvaise foi, & d’hypocrisie pour tenter de faire croire de telles choses à la population. La dégradation de la qualité de l’enseignement est difficile à faire passer. C’est pourquoi l’ensemble des techniques de communications sont mises en œuvre, comme l’utilisation de la sémantique du SNES. Le ministre parle sans vergogne de « culture commune », là où il met en œuvre un faible socle commun. Il parle de la réussite de tous, là où son objectif est d’amener 50% d’une classe d’âge à un diplôme du supérieur.
Le SNES Guadeloupe dénonce ces manœuvres de casse du service public d’éducation. Il faut augmenter le nombre de postes aux concours & augmenter le nombre d’enseignants pour assurer la réussite de tous les élèves. Pour le SNES, il est nécessaire de diminuer drastiquement le nombre d’élèves par classe.
Il faut améliorer la formation des enseignants néotitulaires, tout en élevant le niveau de qualification au Master. Seul un service réduit à 4h pour les stagiaires permet un temps de réflexion sur le métier & permet une formation continue de qualité avec des formateurs de haut niveau.
Pour le SNES Guadeloupe, la réforme des lycées est nécessaire pour mettre en œuvre la réussite de tous les élèves & dépasser le seuil incompressible d’échec scolaire. Mais cette réforme ne peut avoir pour but ultime une diminution des moyens. Au contraire, il faut accroître les dédoublements, diminuer les effectifs par classe, proposer des options multiples, proposer des heures de soutien inscrites dans l’emploi du temps des élèves. La revalorisation de la série L ne peut se concevoir sans un accroissement des heures scientifiques pour la sortir de l’impasse actuelle & lui redonner du sens. Il n’est pas normal qu’un élève sortant de la série S puisse accéder à l’ensemble des formations, alors qu’un élève qui sort de L soit réduit à un minimum de débouchés. L’orientation en fin de seconde est un choix difficile, qui doit pouvoir être réversible. Un élève de 16 ans ne sait pas toujours ce qu’il veut faire plus tard. En l’état, les séries se retrouvent totalement hiérarchisées & sont totalement ségrégatives. L’idée d’un tronc commun à toutes les séries n’est pas une mauvaise idée, si elle débouche sur un programme ambitieux. La réduction des horaires est inadmissible : quels parents d’élèves sont choqués que leurs enfants aient une quarantaine d’heures de cours en classe préparatoires ? Pour le SNES Guadeloupe, le temps de travail le plus efficace a lieu en classe, & l’égalité entre tous les élèves est assuré par ce qui se passe dans la classe. Tout ce qui a lieu en dehors est facteur de discriminations (sociales, économiques, culturelles...), qui pénalisent en premier lieu les enfants des classes populaires. Le lycée de la réussite de tous est le lycée où les horaires sont suffisamment importants pour permettre à tous d’intégrer l’ensemble du savoir pendant le temps de classe.
Pour le SNES Guadeloupe, la liberté pédagogique est le moteur principal de l’innovation pédagogique. L’accroissement du rôle du chef d’établissement & la généralisation de la culture du chiffre dans les établissements détournent les personnels compétents du suivi individuel des élèves (CPE, COP, PP...) & encourage la dégradation de la prise en charge des difficultés des élèves. La perspective de modifier les statuts de ces différents personnels vise à la caporalisation de ces professions, & les hiérarchies induites vont nécessairement peser sur les rapports entre les personnels mais surtout sur la qualité de l’enseignement. En effet, un salarié qui travaille sous la contrainte &/ou la peur ne produit pas un travail de qualité. Les managements libéraux l’ont prouvé depuis plusieurs décennies & abandonnent ce système. Le SNES Guadeloupe dénonce les velléités de changement du système de notation par ce biais & revendique la double notation comme une nécessité en termes d’équité.
Alors que les missions des enseignants s’accroissent d’année en année, la reconnaissance diminue d’autant. La perte de pouvoir d’achat très forte (25% en 20 ans) se traduit par une perte de reconnaissance sociale injuste & injustifiée. Pour le SNES Guadeloupe, la revalorisation des personnels est une nécessité. Avec l’élévation du niveau de qualification, la grille d’un certifié doit s’étaler entre le 4ème échelon actuel (indice 416) & le dernier échelon hors classe d’un agrégé (indice 963) avec un avancement à un rythme unique. Le SNES Guadeloupe revendique l’extension de la prime de vie chère telle qu’elle existe à la Réunion à l’ensemble des retraités de l’ensemble des DOM.
Devant le constat d’une opposition totale à l’ensemble des propositions du gouvernement, devant la surdité du gouvernement aux attentes de la profession, devant le refus de discuter de l’ensemble des sujets avec le syndicat majoritaire dans l’éducation, le SNES Guadeloupe appelle à tenir des heures d’information syndicales des l’ensemble des établissements de l’académie & à se mettre en grève le 21 janvier avec rassemblement devant le rectorat Grand Camp à 8h30.