Muter à Mayotte ? Le point sur la situation sociale

, par  Laurent Bayly

Le conflit social à Mayotte aurait (enfin !) avoir trouvé une issue après 45 jours de blocages et de violences. 45 jours… Toute ressemblance avec un autre mouvement n’est bien sur que fortuite.
Refus de la vie chère, déception face aux promesses de la départementalisation ( un de ses premiers effets a été la libéralisation des prix…), indigence des réponses de l’Etat, pourrissement… Malheureusement tout ceci résonne bien familièrement à nos oreilles antillaises.
Pourtant la durée et la dureté du conflit à Mayotte s’expliquent par des spécificités qu’il faut prendre en compte, particulièrement si l’on envisage d’y demander une mutation.
La durée : C’est plus l’étendue du blocage (toute l’île) que sa durée qui doivent étonner : Mayotte connaît chaque année des barrages localisés qui peuvent durer plusieurs semaines : contre la fermeture d’un dispensaire par exemple ou plus fréquemment pour l’intégration des instituteurs (j’écris bien instituteurs) recrutés locaux, à la fonction publique d’Etat… Il s’agit là d’un conflit de très longue date et d’un mode opératoire habituel : un arbre coupé, plusieurs jours de barrage, quelques promesses des l’Etat… Des années que frustrations et rancœurs s’accumulent.
La dureté : elle est à mon avis sans commune mesure avec ce qu’a pu dernièrement connaître la Guadeloupe. De nombreux collègues témoignent dans la presse des caillassages et agressions dont ils ont été victimes. Ils sont accessibles sur Internet. Nous ne les reprendrons pas. Lisez aussi les commentaires aux articles pour prendre la mesure de la violence latente qui mine la société mahoraise (http://www.malango-actualite.fr/article/mayotte_les_victimes_parlent_lien_confiance_8217_est_rompu_avec_mayotte_8230-7964.htm)
Une collègue témoigne directement : elle habite à 2 pas de son établissement. Le principal lui ordonne de venir malgré le barrage sis devant le collège. Une fois à l’intérieur, certains de ses élèves piquent des crises de nerf alors que des affrontement se déroulent à l’extérieur avec les forces de l’ordre. Pire des gaz lacrymogènes atteignent enseignants et élèves dans les salles de classes.
On comprend alors la position du SNES et de la FSU de Mayotte : exercice du droit de retrait face au refus du Vice recteur de fermer les établissements. Ce refus est une constante depuis des années : émeutes, tempêtes tropicales, vétusté, rien ne met assez en danger les élèves et les personnels. Rappelons que la FSU a aussi demandé à l’Etat de donner une réponse aux revendications légitimes des manifestants.
Il faut aussi avoir à l’esprit que de telles éruptions sont de plus en plus fréquentes (la dernière datai de mars 2008) et dirigées contre les mzungus (blancs), ce qui est récent (Il y avait eu par exemple en 2006 trois jours d’affrontements très violents à cause du transfert des services de L’Etat Civil de la commune de Tsingoni d’un village vers un autre…).
la départementalisation n’apportera pas de solution à moins de régler rapidement le problème de la pauvreté, des inégalités sociales et du développement. Autant dire qu’il faut s’attendre à vivre de nouvelles flambées si on décide d’y muter. La porte risque d’ailleurs d’être grande ouverte tant, selon nos informations les demandes de départ se multiplient (plusieurs dizaines à ce jour). Il restera a espérer que l’Etat prennent enfin ses responsabilités à Mayotte et assume la départementalisation à laquelle nos deux derniers présidents ont tant œuvré.
1 Il y avait eu par exemple en 2006 trois jours d’affrontements très violents à cause du transfert des services de L’Etat Civil de la commune de Tsingoni d’un village vers un autre…