Professeurs-documentalistes : un métier menacé

, par  Sandrine Stefkovic

Force est de constater que la place du professeur-documentaliste reste anecdotique dans les réformes ministérielles. Cette posture du Ministère va à l’encontre du véritable curriculum adossé à une discipline d’enseignement, revendiqué par le SNES. La formation à l’information-documentation est saupoudrée avec ou sans (!!!) l’expertise du professeur-documentaliste.

Le stage syndical sur l’information-documentation organisé par le Collectif National des professeurs-documentalistes s’est tenu le mercredi 19 et le jeudi 20 octobre derniers au siège du SNES à Paris. Seize sections académiques étaient présentes (Créteil, Versailles, Reims, Rennes, Orléans-Tours, Lyon, Nancy-Metz, Corse, Amiens, Montpellier, Poitiers, Toulouse, Nantes, Caen, Strasbourg) dont celle de la Guadeloupe (seule section des DOM) que je représente au National.

L’objectif de ce stage était de recenser la place de l’information-documentation dans le cursus des élèves à travers le socle commun et les nouveaux programmes de collège et la réforme du lycée (www.educscol.education.fr), de réfléchir aux revendications (www.snes.edu/spip.php ?article6388) à porter au congrès 2009 du SNES qui se tiendra à Perpignan.

Force est de constater que cette place reste anecdotique. Cette posture du Ministère va à l’encontre du véritable curriculum adossé à une discipline d’enseignement, revendiqué par le SNES. La formation à l’information-documentation est saupoudrée avec ou sans (!!!) l’expertise du professeur-documentaliste :

1°- en collège

• Socle commun : pilier 4 « La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication » ; pilier 7 « L’autonomie et l’initiative », sans mention du CDI, ni du professeur-documentaliste !!!
• Français : § sur « Les Technologies de l’Information et de la Communication », sans mention du professeur-documentaliste.
• Histoire-géographie : quelques mentions des TIC et du travail sur documents, sans mention du professeur-documentaliste.
• Education civique en 6ème : Notion « Le collégien », Thème 1 « Les missions et l’organisation du collège », Démarche « (…) l’enseignant varie les démarches pédagogiques : par exemple l’utilisation du CDI, le travail en groupe… ».
• Culture scientifique et technologique, introduction commune : « La recherche de documents en ligne permet, comme dans d’autres matières et en collaboration avec les professeurs-documentalistes, de s’interroger sur les critères de classement des moteurs utilisés, sur la validité des sources, d’effectuer une sélction des données pertinentes ».
• SVT Classe de 3ème : 4ème partie « Responsabilité humaine en matière de santé et d’environnement » « Cette partie sera l’occasion d’un croisement des disciplines, d’un travail au centre de documentation et d’information avec le professeur-documentaliste (…) ».
• Technologie : § sur TIC & B2i « Elle (la technologie) initie l’élève à (…) s’informer et se documenter en ayant un regard sélectif sur la pertinence des informations véhiculées par les réseaux (…) », Partie 5 « La communication et la gestion de l’information », sans mention du professeur-documentaliste !!! ;

Nous ne pouvons nous satisfaire de voir l’activité documentaire apparaître dans l’accompagnement éducatif, dispositif basé sur le volontariat des élèves (www.education.gouv.fr/cid5677/accompagnement-educatif.html). Ce choix du Ministère fait des recherches documentaires, non pas un enseignement dont doivent bénéficier tous les élèves, mais une simple activité annexe, alors qu’elle apparaît dans certains programmes, même de façon parcellaire.

2°- en lycée (dans le cadre de la réforme)

• Classe de seconde : L’absence de lisibilité de la réforme (www.education.gouv.fr/cid22779/reforme-du-lycee.html#2009-nouvelle-organisation-de-la-classe-de-seconde) nous amène à nous interroger sur la place de l’information-documentation au lycée. Rien n’est prévu dans le cadre des « modules d’exploration et d’approfondissement ». Sera-t-elle intégrée à « l’accompagnement personnalisé » ? Ce dernier concernera, pour 3 heures hebdomadaires la remise à niveau, le soutien scolaire, l’aide méthodologieque, l’aide à l’orientation, le travail d’expertise ( ?) et les travaux interdisciplinaires ( ?). Serait-ce dans ces 2 derniers champs que les professeurs-documentalistes interviendront, alors qu’il n’y a aucune mention de « recherche documentaire », ni de « professeur-documentaliste » dans le projet ?

L’absence de l’information-documentation dans les textes de cadrage pédagogique doit nous inciter à prendre toute notre place (la nature n’a-t-elle pas horreur du vide !?) dans le domaine de l’information-communication, des TICE et de l’éducation aux médias tel que le préconise, pour cette dernière, le sénateur David Assouline dans son rapport sur l’impact des nouveaux médias sur la jeunesse – page 92 « Le rôle des documentalistes » - (www.senat.fr/rap/r08-046/r08-0461.pdf).

Par ailleurs, le recrutement connaît un véritable coup d’arrêt.
Plus de 500 départs à la retraite sont prévus en 2009 pour moins de 200 postes ouverts aux différents CAPES en 2008. « Seuls 36% des départs seront couverts par des certifiés en documentation », (www.snes.edu/spip.php?rubrique3155). Que veulent les pouvoirs publics, des professionnels en face des élèves ou des personnels qui assureront l’ouverture, la surveillance et la fermeture du lieu ?

Nous, professeurs-documentalistes de l’académie devons nous mobiliser, dans les collectifs syndicaux, en partenariat avec l’association des professeurs-documentalistes de la Guadeloupe, pour apporter notre contribution à la réflexion sur le métier, car nous sommes convaincus que la réussite des élèves de la Guadeloupe passe aussi par la maîtrise des apprentissages informationnels et documentaires.

En guise de conclusion, un rappel : « L’instauration du CAPES de Sciences et Techniques Documentaires apporte la garantie d’une compétence professionnelle spécifique, rationalise le recrutement des personnes désireuses d’exercer dans les CDI (…). Elle est aussi le symbole de l’ancrage pédagogique de (la) profession », Extrait du discours de Lionel Jospin, Ministre de l’Éducation nationale au congrès de la Fédérations des Associations des Documentalistes Bibliothécaires de l’Éducation Nationale, 1989.

Claire FACORAT, Secteur Documentation