Déclaration liminaire de la FSU Guadeloupe au CTA du 22 mars 2017

, par  Laidi BenHaddou

Monsieur le Recteur, Alors que la nation tout entière vous avait confié des moyens pour les élèves de primaires de Guadeloupe, vous refusez unilatéralement de les utiliser et de débloquer 54 postes mis en réserve dans le premier degré, punissant ainsi la jeunesse guadeloupéenne d’une amélioration non négligeable de ses conditions d’apprentissage.

Alors que la nation tout entière vous avait confié des moyens pour tous les élèves de secondaires de Guadeloupe, vous faites le choix insupportable de priver les plus en difficulté d’un enseignement de qualité pour privilégier une petite élite derrière des projets de façade de BTS auquel les plus en difficulté ne pourront jamais avoir accès.

Pour les enfants du peuple, des conditions exécrables, le minimum vital et un gigantesque tri social, pour les élites, une amélioration des conditions de travail. Votre vision de l’École rejoint de manière surprenante celle de vos prédécesseurs, nommés pourtant par la droite la plus dure qui ne remplaçait pas un poste sur deux de fonctionnaire partant à la retraite.

M. le Recteur, pour quel projet éducatif faites-vous cela ?

Celui de la Suède qui pour des intérêts uniquement financiers a joué la carte de l’autonomie des établissements, leurs mises en compétition et la rémunération au mérite des enseignants, en détruisant leur statut qui préservait leur temps de face à face classes afin d’assurer un suivi individualisé des élèves les plus en difficultés. Ce pays se retrouve aujourd’hui aussi mal classé que la France alors qu’auparavant il était dans les meilleures places.

D’ailleurs, les 4 recommandations de l’OCDE, présent sur le site du ministère , pour un système éducatif performant et égalitaire (Perspectives des politiques de l’éducation 2015, Les réformes en marche, OCDE, 2015) précise au contraire qu’il faut pour la France :

  1. « Considérer l’éducation comme un investissement et maintenir ou augmenter les dépenses d’éducation",
  2. "Renforcer l’équité en soutenant les élèves défavorisés",
  3. "Préparer les élèves au monde de demain et prendre des mesures d’amélioration de l’enseignement en classe",
  4. "Améliorer le sentiment d’efficacité et de confiance de la part des enseignants.".

M. le Recteur, votre politique est exactement l’inverse de celle recommandée par les experts internationaux et mise en avant par votre ministère.

Anticipez-vous déjà l’alternance politique Monsieur le Recteur, pour prendre de telles décisions au détriment de la jeunesse guadeloupéenne ?

Comment expliquer sinon les 44 suppressions de postes de certifiés et de PEGC dans les collèges, et dans le même temps 11 créations de postes nettes dans les lycées pour des filières de BTS ? Pour dégrader un peu plus des conditions de travail déjà particulièrement difficiles, vous ajoutez 48 nouveaux compléments de service, qui vont aggraver un peu plus les conditions de travail de ces collègues, tout en dégradant les emplois du temps de tous les établissements concernés ! Pire ! Votre gestion des ressources humaines est calamiteuse ! Vous vous permettez d’envoyer des courriers anxiogènes à tous les collègues dont le service sera partagé l’année prochaine comme s’ils perdaient leur poste ! En effet, votre administration fait mine de ne pas différencier poste et service, même s’ils sont totalement dissociés dans l’Éducation Nationale. Administrativement, il n’est nulle besoin de supprimer le poste d’un collègue dont le service ne sera plus à temps complet l’année prochaine. Pourtant, Monsieur leur Recteur, vous faites ce choix en sachant pertinemment les conséquences psychologiques catastrophiques d’un tel choix !

Quelle vision exclusivement comptable avez-vous de l’éducation, Monsieur le Recteur !

Il est inutile de nous resservir de couplet de la démographie alors que vous demandez par loyauté à chaque chef d’établissement de désinformer leur CA par une politique qui ne tient pas la route une seule seconde. Les dotations ont été envoyées dans les établissements sans tenir compte d’aucune proposition significative de la part des Organisations Syndicales pourtant scientifiquement nourris. Vous avez unilatéralement décidé d’augmenter les seuils dans les collèges, sans même tenir compte des capacités d’accueil de certains collèges de l’académie !

Grâce à tous vos efforts pour détruire de l’emploi public qualifié, la vingtaine de collègues qui a obtenu les concours de l’Éducation Nationale cette année, et se retrouvent dans les académies de l’hexagone vous remercient chaleureusement ! Vous détruisez leur vie de famille, (certains ont plus de 40 voire 50 ans, un conjoint, des enfants) et vous pourrez sereinement les remplacer le premier septembre par de jeunes contractuels tout frais, que vous pourrez rémunérer moins cher puisqu’ils seront nouveaux.

Outre les enseignants, les personnels de Santé sont, une fois de plus, oubliés. Alors que les missions ont changé, que les besoins des élèves sont en constante augmentation, que les problèmes socio-économiques des familles retentissent sur la vie à l’école, cette année encore, aucune création de poste.

Le LGT Robert Weinum est ouvert depuis plus d’un an à Saint Martin, et l’Administration n’a toujours pas demandé de création de poste pour cet établissement de 900 lycéens, pourtant situé dans une île où tous les établissements sont en REP et dont on connaît les difficultés.

L’Académie continue à fonctionner avec des cités scolaires (collège+lycée) obsolètes ou des postes en lycée avec des écoles maternelles et élémentaires, contrairement aux textes qui préconisent qu’un poste en inter-degrés consiste en un collège et les écoles de rattachement afin d’assurer un suivi optimal des élèves. Mais là encore, pas de poste nouveau. Pendant que vous (ou votre successeur) serez sur les plateaux de télévision à expliquer que la rentrée est techniquement réussie, des dizaines d’élèves sans professeur attendront dans la rue que vos services trouvent des non-titulaires que vous n’aurez pas pris le temps de former pour « assurer la continuité du service public » !

À quoi bon employer des titulaires qui pourraient se plaindre de leurs conditions de travail ? À quoi bon employer des titulaires qui pourraient dénoncer l’autoritarisme de l’administration ? À quoi bon employer des titulaires qui pourraient demander les moyens de faire réussir leurs élèves ?

Mieux vaut employer des précaires nécessairement serviles, que l’on peut employer sur deux ou trois établissements, dont on peut changer l’affectation d’un claquement de doigt. Le libéralisme que vous appliquez à cette académie, Monsieur le Recteur, est à même de vous assurer une carrière personnelle quelque soit le résultat des prochaines échéances électorales. Le libéralisme que vous appliquez à cette académie, Monsieur le Recteur, est à même de continuer de jeter des centaines d’élèves dans la rue sans aucune formation, sans aucune perspective d’avenir !

La FSU Guadeloupe ne peut se résoudre à ce sombre état de fait ! La FSU Guadeloupe appelle à la grève le 28 mars et persiste dans sa demande d’un classement immédiat de toute l’académie en REP+

NON ! Ce classement n’est pas une marque au fer rouge ! C’est juste la possibilité d’obtenir les moyens supplémentaires que vous n’avez pas su ou pas voulu négocier Monsieur le Recteur ! NON ! Ce classement ne va pas attirer une horde de chasseurs de primes venus de tous horizons ! Cela va juste permettre aux lauréats des concours de notre académie de pouvoir enseigner dans leur académie s’ils le souhaitent au lieu de partir loin contre leur gré ! NON ! Ce classement ne va pas accroître la précarité dans l’académie ! Cela va permettre de faire baisser un peu les barres d’entrée et assurer une éducation de qualité à tous les guadeloupéens ! De plus, depuis maintenant 3 ans, la réforme des rythmes scolaires a été mise en place. Partout sur le département, un grand nombre d’enseignants se plaignent de l’impact très négatif que les nouveaux rythmes ont eu sur leurs conditions de travail : fatigue accrue, temps de transition compliqués, partages de locaux, moins de temps pour travailler en équipe, aucune amélioration sur les conditions d’apprentissage...

La FSU vous demande donc de peser comme il se doit sur les municipalités pour exiger que la parole des enseignants soit entendue et sur le ministère pour que le décret soit supprimé et laisse la place à un autre décret.

Loin de générer un dialogue social constructif, ce CTA ne servira une fois de trop qu’à faire avaliser l’inacceptable par les organisations syndicales en discutant de petits problèmes marginaux, mais jamais de la politique globale, ni du fond !

C’est pourquoi la FSU n’a aucune raison de rester dans cette instance.

Les représentants de la FSU