Déclaration liminaire de la FSU lue en CTA du 6 octobre 2017

, par  Laidi BenHaddou

Monsieur le Recteur,

La FSU Guadeloupe se félicite que vous ayez enfin répondu favorablement à notre de demande de réunir le CTA ce jour, même si nous regrettons qu’il vous ait fallu plus de deux semaines pour accéder à notre demande.

La FSU Guadeloupe dénonce ici les conditions indignes de la rentrée que vous avez organisée, Monsieur le Recteur. Cette année encore, de trop nombreuses divisions ont été recréées à la dernière minute, durant les vacances scolaires, après avoir été supprimées par vos soins au mois de mars dernier ! Les heures supplémentaires, les compléments de service sur deux voire trois établissements et les contrats précaires se multiplient ! Vous êtes tellement en difficulté que vous avez décidé d’employer les non-titulaires au 1er septembre, tant la situation dans notre académie est tendue ! Il aurait été tellement plus simple d’augmenter le nombre de titulaires à la hauteur des besoins réels de l’académie ! En dégradant les conditions de travail des enseignants, c’est la réussite des élèves que vous mettez délibérément en péril, Monsieur le Recteur ! Certes, vous arguerez que les résultats aux examens sont bons. Malheureusement, les tests effectués lors de la JDC laissent apparaître 32 % de jeunes illettrés dans notre académie. Est-ce à croire qu’en Guadeloupe, il est inutile de savoir lire pour obtenir le Diplôme National du Brevet ? Nous reviendrons plus amplement sur la situation des îles du Nord, mais auparavant nous tenons à insister sur les situations particulièrement aberrantes au lycée Gerville Réache et à Marie Galante.

Pour le lycée Gerville Réache, après plusieurs semaines de conflits, après la venue d’une médiation, les enseignants ont accepté, par dépit, de prendre les élèves en charge. Mais les dysfonctionnements gigantesques persistent ! Il y a un gros problème concernant la direction de cet établissement dont sont victimes les élèves et les enseignants. Pour le bien de tous, il est urgent que vous interveniez très fortement Monsieur le Recteur, pour que les élèves bénéficient de l’ensemble des enseignements auxquels ils ont droit et que les enseignants puissent avoir des emplois du temps stables, décents, avec des salles de classe pour mener à bien leurs missions de professionnels de l’Éducation. Vous ne pouvez sacrifier des centaines d’élèves pour masquer l’incompétence d’une direction et ne pas octroyer les 40 ou 50 heures de DGH qui manquent à l’établissement.

Sur Marie Galante, la situation est tout aussi catastrophique, avec des divisions de collège à plus de 30 élèves, alors qu’en comité technique au printemps dernier, vous aviez acté Monsieur le Recteur, un seuil à 28 élèves ! Vues les difficultés liées à la double insularité, vous devez donner des moyens supplémentaires à ces établissements qui vont se mobiliser la semaine prochaine. Il en va de la réussite des élèves de cette île ! La FSU Guadeloupe soutient les collègues et réitère sa demande de classement en éducation prioritaire qui permettrait d’attribuer mécaniquement les moyens nécessaires aux élèves les plus en difficulté !

La FSU Guadeloupe est satisfaite que la gouvernance du rectorat ait enfin pris conscience des difficultés réelles des collègues et des élèves dans les îles du Nord, même si cela a été fait avec beaucoup de retard et avec un manque de communication dramatique. Comment expliquer que les numéros d’urgence mis en place par le rectorat ne fonctionnent pas depuis l’hexagone ? Comment expliquer que le rectorat ait attendu plus de deux semaines avant de commencer à recenser les collègues et leurs difficultés ?

Pire ! Alors que vous donniez, Monsieur le Recteur, des gages de bienveillance à l’égard des collègues, vos représentants sur Saint-Martin s’évertuaient à mettre la pression sur des collègues déjà en grande difficulté ! Comment tolérer de telles injonctions, de telles violences à des fonctionnaires déjà victimes d’un traumatisme important ?

Comment accepter, Monsieur le Recteur, que la représentante de la cellule d’écoute sur Saint-Martin, qui est sensée avoir de l’empathie avec les collègues twitte juste avant Irma : « Irma arrive... SXM really need a good cleaning. Too many bad vibes and too many bad people ! » Ce genre de propos fait tout simplement froid dans le dos et ils ne participent pas à l’empathie nécessaire dans ces circonstances ! Les collègues qui ont lu cela ne risquent pas de se rendre à la cellule d’écoute sur Saint-Martin ! Par ailleurs, il apparaît que les AED sur Saint-Martin ont été payés en retard. Il est urgent de solutionner ce problème qui a mis en grande difficulté des personnels qui ont eu à gérer pourtant le recensement des élèves sur place et dans des conditions très difficiles ! De surcroît, la décision inacceptable de supprimer bon nombre d’emplois aidés au cours de l’été a des conséquences catastrophiques pour ces personnels privés d’emplois dont la seule perspective est le retour à la case Pôle Emploi. Malgré la priorité donnée à l’accompagnement des élèves en situation de handicap, de nombreux élèves attendent toujours leur accompagnant.

Ces suppressions d’emplois signent aussi la fin de l’aide administrative à la direction d’école, inacceptable dans un contexte d’alourdissement des tâches des directrices et directeurs : plus personne pour répondre au téléphone, pour faciliter le fonctionnement et la vie de l’école, ...

La FSU Guadeloupe exige le maintien et le retour de ces personnels sur leurs emplois et qu’ils bénéficient d’une formation qualifiante dans la perspective d’un emploi statutaire. Dans le même temps, nous demandons que toutes les écoles bénéficient d’une aide administrative pérenne.

Pour conclure, la FSU Guadeloupe réitère ici ce qu’elle a dit dès le premier jour : il faut aider les collègues et les élèves à se reconstruire. Il faut apporter les conditions matérielles tant sur le plan professionnel que personnel aux enseignants avant d’envisager une véritable rentrée sur Saint-Martin !

La FSU Guadeloupe demande la réunion d’un Conseil de l’Éducation Nationale pour faire un bilan du cyclone et engager une discussion avec l’ensemble des partenaires pour éviter les erreurs qui ont été commises dans les îles du Nord en matière de construction. Irma n’est pas le premier cyclone à frapper notre archipel. Pourtant vue l’ampleur des destructions, au premier rang desquelles la préfecture de Saint-Martin qui devait être le centre opérationnel et la caserne des pompiers, il est à croire que l’expérience passée n’a servi à rien pour préparer le cyclone Irma.

Alors que la petite Barbuda, avec l’aide du petit Venezuela, a réussi à évacuer l’ensemble de sa population entre Irma et José, rien n’était opérationnel sur Saint-Martin entre les deux cyclones ! Cette situation ne doit plus se reproduire et il est urgent de réunir tous les acteurs, pour tirer les enseignements de cette catastrophe de manière à limiter les effets des prochains phénomènes climatiques !