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La fin de l’indemnité de vie chère pour les fonctionnaires en Outre-Mer ?

jeudi 25 avril 2019, par Bureau SNES-FSU Guadeloupe

Aujourd’hui en France

C’est une toute petite ligne perdue dans un compte-rendu d’une réunion interministérielle. Une toute petite ligne qui révèle la vraie raison de la réforme des congés bonifiés.

c) en entrée de concertation, affichage du principe de la suppression du versement de la surrémunération ;

Secrétariat Général du Gouvernement — Compte-rendu de la réunion interministérielle tenue le vendredi 11 janvier 2019 [1]

Cette ligne annonce que le gouvernement veut faire disparaître la sur-rémunération lors d’un congé bonifié pour les Ultra-marins vivant dans l’Hexagone.

Cette décision inique interdirait tout simplement à des fonctionnaires guadeloupéens servant en France de revenir régulièrement en Guadeloupe. La plupart de ceux qui en profitent sont en catégorie B ou C [2] et ils seraient dans l’impossibilité matérielle de pouvoir profiter de leurs congés bonifiés (qui ne seraient plus de fait « bonifiés »). La location d’une voiture, d’un logement, la vie chère leur fermeraient la porte.

Cette bonification a été obtenue par la lutte de tous les fonctionnaires, c’est la solidarité qui a permis la création de ces congés bonifiés ; c’est cette même solidarité qui doit aujourd’hui la sauver, d’autant plus que la fin de la bonification pour les fonctionnaires ultra-marins servant dans l’hexagone n’est que le prélude de la fin de l’indemnité de vie chère pour les fonctionnaires servant en Outre-Mer.

Demain en Guadeloupe

Comme toujours quand il s’agit de réduire les droits, les gouvernements utilisent la même stratégie : diviser pour mieux régner. Le périmètre de la réunion du 11 janvier est bien défini par le gouvernement :

c) périmètre : fonctionnaires originaires des départements d’outre-mer.

Secrétariat Général du Gouvernement — Compte-rendu de la réunion interministérielle tenue le vendredi 11 janvier 2019

Le gouvernement affiche ainsi son souhait que les fonctionnaires vivant en Outre-Mer ne s’intéressent pas à sa réforme des congés bonifiés afin d’éviter toute velléité de solidarité. Le SNES et la FSU Guadeloupe ne se sont pas laissé prendre et ont alerté puis mandaté leur section nationale pour que cette réforme ne passe pas [3]

Encore une fois il ne faut pas s’y tromper, si demain (juillet 2019, c’est demain !) cette réforme est adoptée, le lendemain, c’est l’indemnité de vie chère, les fameux 40% qui seront dans la ligne de mire.

De fait, cette indemnité que le gouvernement a dans le collimateur, c’est bien l’indemnité de vie chère que les fonctionnaires servant en Outre-Mer perçoivent. Emmanuel Macron, l’a dit lors de la restitution des assises des Outre-Mer :

« ayons cette lucidité collective de dire que nous avons organisé la vie chère, nous avons organisé la vie chère par une politique de sur-rémunération, je ne propose pas - et c’était un engagement de campagne à ce stade – d’y revenir, mais à un moment donné nous devrons collectivement, et ça devra venir de vous, proposer d’en sortir parce que c’est la sur-rémunération des uns qui créent la pauvreté des autres »

Emmanuel MacronDiscours du Président de la République lors de la restitution des assises des Outre-mer — 29 juin 2018 [4]

Dans un renversement entre la cause et l’effet qu’il manie continuellement, il inverse la réalité : S’il y a une indemnité vie chère en Guadeloupe, c’est bien parce qu’il y a une vie chère. Les causes de cette vie chère ont été exposées durant le mouvement Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) en 2009 : elles viennent des monopoles économiques et financiers qui contrôlent l’archipel. Contre ces monopoles, l’État n’a rien fait. Le Président de la République et le Gouvernement n’ont rien annoncé [5]. Le seul argument pour faire accepter la fin de l’indemnité de vie chère, c’est de faire croire que, comme par magie, avec cette mesure, les monopoles économiques et financiers allaient, gentiment, baisser leurs prix d’autant. On avait essayé de nous vendre le ruissellement pour expliquer pourquoi il fallait supprimer l’ISF à celles et ceux dont la fortune dépassait 1,3 million d’euros, maintenant, on nous invente un ruissellement à l’envers auquel personne ne croit : en enlevant une indemnité aux fonctionnaires de 40%, les prix baisseraient d’autant. Ni les fonctionnaires, ni les commerçants, ni même le gouvernement ne croient à cette fable.

Le deuxième argument évoqué par Emmanuel Macron est d’une aberration totale :
s’il y a de la pauvreté en Guadeloupe, c’est de la faute des fonctionnaires. On connaissait la haine à notre endroit d’Emmanuel Macron, mais cette argumentation est sans doute la plus absurde. En effet, la raison d’être du fonctionnaire est de servir tous les Français et en particulier les plus pauvres : quelle que soit la catégorie sociale de ses parents, un enfant sera toujours accueilli dans un établissement scolaire public. C’est le sens de notre engagement dans l’enseignement, dans la fonction publique. Mais si Emmanuel Macron crache tous les jours sa haine des fonctionnaires, c’est toujours pour diviser les Français.

Le lendemain de la fin de la bonification des congés bonifiés, le gouvernement s’attaquera à notre indemnité. Son argument sera tout trouvé : les fonctionnaires ultra-marins ne vivant pas en outre-mer n’ont plus de bonification, il est injuste que ceux y vivant en aient une. C’est sa méthode depuis le début : monter les citoyens les uns contre les autres, tout en tapant sur les moins privilégiés. Depuis l’élection de 2017, Bernard Arnault a vu sa fortune passer de 41,5 milliards de dollars [6]
à 93,5 milliards de dollars aujourd’hui [7].

L’exemple du jour de carence

Pour réduire les droits des citoyens, le gouvernement avance toujours masqué. Il suffit de se rappeler que cette stratégie du « diviser pour mieux régner » a été utilisée pour que les travailleurs malades ne puissent se soigner correctement en imposant des jours de carence.

La situation avant 2017 était la suivante :

  • dans le secteur public, aucun jour de carence ;
  • dans le secteur privé, trois jours de carence dont plus des deux tiers était pris en charge par l’employeur.

Malgré son injustice, son inutilité et son inefficacité [8], le gouvernement a rétabli en 2018 une journée de carence pour les fonctionnaires sous prétexte de l’équité.

En 2019, un rapport commandé par le Premier Ministre recommande la fin de la prise en charge par les employeurs du privé du premier jour de carence. En utilisant toujours le prétexte de l’équité, mais cette fois avec les fonctionnaires !

Toutefois, une justification pourrait être l’équité de traitement entre d’une part les salariés bénéficiant d’une couverture généreuse dès le premier jour, et d’autre part tous les fonctionnaires qui sont soumis depuis cette année à un jour de carence ainsi que les salariés dont les couvertures complémentaires laissent à leur charge au moins un jour d’arrêt

Jean Luc Berard, Stéphane Oustric et Stéphane Seiller — Plus de prévention, d’efficacité, d’équité et de maîtrise des arrêts de travail. Neuf constats, vingt propositions. Rapport fait à la demande du Premier ministre — Janvier 2019 [9]

Le gouvernement a utilisé le même argument de l’équité pour rogner les droits sociaux des travailleurs. Du public d’abord, puis du privé !

Pourquoi se priverait-il de la même stratégie pour l’indemnité de vie chère ?

L’information et la lutte !

Le combat contre la fin de la bonification est le combat de tous les fonctionnaires, le SNES et la FSU Guadeloupe sont encore une fois en pointe dans ce combat.

C’est pourquoi nous devrons lutter pour garder l’indemnité de vie chère que nous avons conquis par des luttes. Le SNES et la FSU Guadeloupe prendront toute leur part dans ce combat mais toutes et tous devront lutter.

Toutes et tous à la manifestation du 1er mai !

Toutes et tous en grève et en manifestation le 9 mai !


[2La grille de rémunération de certains fonctionnaires débute en dessous de SMIC. L’État a donc été obligé de prévoir une indemnité pour l’atteindre. IDCP — Indemnité différentielle des fonctionnaires

[5Un exemple parmi d’autres : entre 2009 et 2018, Bernard Hayot et sa famille ont vu leur fortune croître de 100 millions d’euros. Ce qui fait une augmentation de 40% ! Challenges — Les 500 plus grandes fortunes de France 2018

[7Le 11 avril 2019 la fortune de Bernard atteint 87,2 milliards de dollars d’après forbes.fr

[8D’après l’Insee, si les arrêts-maladie d’un ou deux jours ont diminué, ceux d’une semaine à trois mois ont augmenté.Alexandre Cazenave-Lacroutz et Alexandre Godzinski — Le jour de carence dans la fonction publique de l’État : moins d’absences courtes, plus d’absences longues

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