Texte adopté par la Commission Académique du 13 novembre

, par  Guillaume MARSAULT

Le SNES fait entendre sa voix
Le SNES Guadeloupe constate que le gouvernement tente d’instrumentaliser & manipuler les symboles de la République à des fins douteuses. Que ce soit, le ministre de l’immigration qui tente de lancer un débat sur l’identité nationale, dénaturant en fait le nécessaire & considérable débat sur la Nation, ou le président de la République, instrumentalisant l’égalité & la fraternité en égalité des chances et fraternité à géométrie variable. Pour le SNES Guadeloupe, il ne peut être question que ces symboles politiques soient vidés de leur contenu, dénaturés, à des fins politiques. La volonté de fiscaliser les indemnités perçues par les victimes d’accidents du travail est une nouvelle atteinte lourde & inacceptable aux droits des travailleurs.

Discours de Sarkozy
Derrière un discours aux accents gaullistes, & souvent poujadistes, le président n’a finalement proposé que très peu de choses concrètes : la transformation du secrétariat d’État à l’Outre-mer en ministère sous tutelle de l’Intérieur, la diffusion de France Ô sur tout le territoire dès 2010.
Le président n’a rien annoncé de probant en matière d’éducation, si ce n’est une scolarisation obligatoire dès trois ans (pour les enfants de milieu non-francophone !). Les efforts sur le bâti scolaire ne concerneront que Mayotte & la Guyane. Les déclarations concernant le recrutement des fonctionnaires ne répondent pas aux attentes formulées par le mouvement social. Elles reviendraient à régionaliser l’embauche des catégories B et C, sans résoudre la question de l’accès des jeunes diplômés de Guadeloupe aux postes les plus qualifiés, en l’occurrence ceux de la catégorie A.
Le SNES Guadeloupe dénonce la démagogie du discours présidentiel qui n’avance aucun moyen pour améliorer l’École dans l’académie Guadeloupe tant au niveau des personnels que du bâti. Le président n’a rien proposé de concret pour assurer la réussite de l’ensemble des élèves, rien pour résorber la précarité des personnels employés dans les établissements scolaires.
Le SNES de Guadeloupe maintient ses revendications dans quatre domaines : la revalorisation du salaire des enseignants, la masterisation, la réforme des lycées, l’éradication de la précarité.
Revalorisation
La revalorisation des personnels apparaît au point mort. Il existe une opposition forte entre la position ministérielle & ce que demande le SNES. Le ministre se contente de proposer une revalorisation individuelle & au mérite qui n’a comme ambition que de faire des économies. Depuis la désindexation au début des années 1980, les enseignants ont perdu 25% de pouvoir d’achat. Les deux seules années favorables, durant cette période ont été sous le ministère Le Pors à la Fonction Publique entre 1983 & 1985.
Pour le SNES & FSU, la revalorisation ne peut s’entendre individu par individu, ni même corps par corps, mais avec une vision globale de toutes les Fonctions Publiques. Dans l’état actuel des choses, un enseignant au 1er échelon commence avec 1,2 SMIC, & il se trouve en catégorie A, mais pour les fonctionnaires de catégorie C, (les TOS dans nos établissements) ils commencent leur carrière en dessous du SMIC & une prime compense le faible niveau indiciaire.
Le SNES revendique une revalorisation de toute la Fonction Publique avec pour nos corps une reconstruction complète de la grille qui commence à 1.800 euros nets mensuels & se termine à l’indice 783 soit le 7ème & dernier échelon de la hors classe. À terme, la reconstruction de la grille indiciaire doit se faire sur la base d’une grille agrégé revalorisé.
Notre revalorisation doit aussi être celle de tous les fonctionnaires. Le discours individuel tenu par le gouvernement n’a pour seul objectif que de faire des économies. L’utilisation de la situation de crise dans le privé est tout simplement inacceptable !
La dernière revalorisation date de 1989. Une nouvelle revalorisation est aujourd’hui nécessaire pour faire face à la mutation de nos métiers, mais surtout pour rester des enseignants concepteurs de nos métiers, des professions intellectuelles qui construisent leurs enseignements sur les bases des programmes nationaux. La revalorisation est tout aussi nécessaire avec l’élévation du niveau de recrutement.

Réforme des concours & masterisation.

Le SNUipp national a publié une lettre commune avec UNSA et SGEN pour demander que tous les concours soient après le M1, contrairement aux mandats votés par le SNES lors de son dernier congrès à Perpignan. Le SNES peut comprendre que le SNUipp prenne une position pour ce qui concerne les concours du premier degré. Par contre, le SNES est inquiet dans le cadre du débat FSU. Les conséquences de cette lettre renvoient au statut de la FSU qui prévoit que dans son domaine de compétence, chaque syndicat national reste maître d’œuvre. Pour le second degré, le SNES, le SNEP & le SNUEP sont donc les seuls maîtres d’œuvre. En agissant de la sorte, le SNUipp fragilise la FSU & met en difficulté le SNES. Le SNES continue de porter comme mandat l’élévation du niveau des concours après le M2 avec des pré-recrutements très importants pour permettre à tous les étudiants (même ceux issus des classes populaires) de réussir le concours. Ce choix fait par le SNES se justifie par la nécessité d’une formation initiale de qualité & suivi d’une formation professionnelle digne de ce nom. Le recrutement au niveau Master ne doit pas se traduire par une dégradation de la formation professionnelle des enseignants. Au contraire, l’augmentation de la qualité de la formation initiale doit se traduire par une formation de qualité qui ne s’arrête pas un simple tutorat.
La situation actuelle où le niveau de qualification général doit s’élever passe nécessairement par un recrutement de qualité, éducation de qualité, au service de la réussite de tous les élèves.

Quelle réforme des lycées ?

C’est le troisième point brûlant de la rentrée. Cette réforme a été annoncée par Sarkozy lui-même. Loin des annonces Darcos-De Gaudemar, où les projets envisageaient une déstructuration totale du lycée que nous connaissons actuellement, les annonces de Sarkozy s’apparentent à une réformette avec beaucoup de paillettes (les ciné-club...). Les solutions préconisées pour le lycées ont déjà été expérimentées en collège & elles ne fonctionnent pas (accompagnement éducatif, individualisation à outrance...).
Ces annonces ont clairement pour objectif de faire taire le SNES (importance de valoriser série technologique, renforcement des passerelles, réformes des séries STG...) mais les moyens ne sont pas présents. Concernant la mise en œuvre technique, elle est renvoyée au mois de novembre. Dans le laps de temps, le ministre de l’Éducation, M.Chatel, est envoyé en province pour vendre la réforme. Il passe d’académie en académie dans un scénario de VRP, chargé de vendre la réforme.
Pourtant, le SNES affirme depuis longtemps haut & fort que le lycée doit être réformé. Réformé pour permettre la réussite de tous les élèves. Pour venir à bout du noyau d’échec scolaire persistant depuis 1995. Le flou demeure important concernant la place de l’EPS, des langues anciennes, des arts, l’aide individualisée...
Pour le SNES, la réforme proposée passe nécessairement par des moyens supplémentaires : contrairement à ce que le ministère affiche depuis 2003, on ne peut pas faire mieux avec moins. La sociologie des élèves change. La société évolue. Pour répondre à la société de demain, le SNES continue de revendiquer des moyens pour une élévation du niveau de qualification de l’ensemble des élèves. 80% d’une classe d’âge au baccalauréat, ce n’est pas suffisant à l’heure actuelle.
De la même manière, le SNES rappelle son opposition à une gestion d’une partie de la DGH localement, & aux initiatives du conseil pédagogique. Les enseignants doivent rester concepteurs de leur enseignement, dans le cadre de programmes nationaux.
Les détails de la réforme seront annoncés fin novembre. Dans ce cadre, le SNES doit faire entendre sa voix. Une grève nationale a été posée pour le 24 novembre. Le SNES Guadeloupe se positionne pour mener cette action au niveau académique.

L’éradication de la précarité

Dans une région qui est rongée par le chômage, le recours massif aux emplois précaires est un des travers de notre académie.
Le SNES Guadeloupe- dans le cadre de la FSU- est pleinement engagé dans la défense de tous les personnels précaires. Les salariés en contrat aidé, les AED, AVS, et autres contractuels rendent des services inestimables dans les établissements scolaires, pour certains depuis plus de dix ans. Chacun de ces emplois doit être pérennisé dans le cadre d’une négociation d’ensemble visant à éradiquer la précarité. Dans l’intervalle, chaque collègue doit pouvoir être maintenu à son poste, et ses droits doivent être respectés (formation, horaire hebdomadaire…)

Le SNES a une autre conception de la Nation !

Dans un climat de chasse aux sans-papiers aveugle où le seul critère est le chiffre sans tenir compte de la situation, le gouvernement de la République renvoie sans vergogne, des personnes vers des pays en guerre (Afghanistan...), ou vers des destinations où ils n’ont plus aucune attache. La loi de 1938 condamnant l’aide au séjour des sans papiers a été réactivée & aggravée. Rappelons que cette loi avait été votée dans l’urgence pour pourchasser les républicains espagnols fuyant la guerre civile & les italiens fuyant le fascisme. Elle sera aussi utilisée durant la deuxième guerre mondiale contre ceux qui abritent les juifs... Tombée en désuétude en 1945, elle est réactivée par les lois Pasqua de 1993 puis Sarkozy à partir de 2003.
Dans ce contexte, le ministre de l’identité nationale, prétend lancer un grand débat national sur l’identité nationale, prenant comme exemple le port de la burqa. Le SNES tient à affirmer ses idées sur le sujet. Lancer un débat sur un thème en pointant du doigt une frange infime d’une communauté religieuse relève déjà de la discrimination par le gouvernement. Pourquoi ne se pose-t-on pas la question de la présence des sœurs catholiques dans nos rues ? La France est un État laïque, il doit le rester. Il n’a pas à s’immiscer dans aucune religion.
Si l’argent dépensé dans la chasse aux migrants & les reconduites sur les territoires d’origine était utilisé pour un accueil de qualité au niveau local, avec des aides au monde associatif, voire une prise en charge par l’État, au-delà du simple rappel de leurs devoirs, les dérives intégristes qui peuvent émerger ici ou là péricliteraient d’elle-même. La recherche d’une identité ne se poserait plus, puisque la nation y répondrait !
Pour le SNES, la responsabilité de l’État est de créer des citoyens qui s’identifient dans une Nation fraternelle, tolérante & solidaire. En cela, ils ne font que rappeler le préambule de la Constitution de la IVème République, qui est repris intégralement dans celui de la Vème République. L’État est sensé y garantir à tous au logement décent, un droit au travail... Il ne fait rien de tout cela, & la situation s’aggrave d’année en année, avec le désengagement de l’État dans le domaine social & de l’Éducation.
Plutôt que de véhiculer une image de la Nation qui n’a jamais existé ailleurs que dans la pensée d’extrême droite (peur de l’étranger, théorie du choc des civilisations de Huntington, chant de la Marseillaise la main sur le cœur), le SNES préconise une définition de la Nation qui renvoie à des valeurs partagée par tous. Pour cela, il faut donner une priorité à l’éducation, qui ne se contente pas d’un socle commun rabougri à des repères historiques douteux (baptême de Clovis en 496...), mais offre une culture commune ouverte sur le monde, solidaire avec l’ensemble des populations.
Lancer un débat identitaire, c’est faire l’impasse sur des milliers d’années de métissages, de migrations, de syncrétismes culturels, qui constituent la richesse de la France contemporaine. À l’heure où nos passeports sont frappés d’une nouvelle citoyenneté européenne qui impose de s’ouvrir toujours plus, seule une formation initiale de qualité est à même de répondre à l’attente de tous, à former des citoyens qui se reconnaissent dans une nation multiculturelle & solidaire & s’intègrent dans une République, démocratique, laïque & sociale.