La formation à l’information-documentation nécessaire à la réussite des élèves ?

, par  Guillaume MARSAULT

La nécessité d’un cadrage et de formalisation de la formation de tous les élèves à l’information-documentation (référentiel ou curriculum ?) reste une revendication forte de la profession. Notre circulaire de missions date de mars 1986 !!!, alors que notre métier ne cesse d’évoluer à l’ère des e- et autre cyber-documentalistes
En recensant la place de l’information-documentation dans le cursus des élèves à travers le socle commun, les nouveaux programmes de collège, et la « feu » et future réforme du lycée, force est de constater que cette place reste anecdotique.

Nous ne cessons de dénoncer le décalage entre les avancées didactiques en information-documentation (travaux de l’ERTé, de la Fadben, de Pascal Duplessis, de Murielle Frisch, entre autres) et le déni de notre Inspection Générale sur cette question (fameuse circulaire de missions de 1986 !!! toujours en vigueur).
Cette posture du Ministère va à l’encontre du véritable curriculum adossé à une discipline d’enseignement, revendiqué par le SNES. La formation à l’information-documentation reste soupoudrée avec ou sans (!!!) l’expertise du professeur-documentaliste :

1°- en collège

Socle commun : pilier 4 « La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication » ; pilier 7 « L’autonomie et l’initiative », sans mention du CDI, ni du professeur-documentaliste !!!
Français : § sur « Les Technologies de l’Information et de la Communication », sans mention du professeur-documentaliste.
Histoire-géographie : quelques mentions des TIC et du travail sur documents, sans mention du professeur-documentaliste.
Education civique en 6ème : Notion « Le collégien », Thème 1 « Les missions et l’organisation du collège », Démarche « (…) l’enseignant varie les démarches pédagogiques : par exemple l’utilisation du CDI, le travail en groupe… ».
Culture scientifique et technologique, introduction commune : « La recherche de documents en ligne permet, comme dans d’autres matières et en collaboration avec les professeurs-documentalistes, de s’interroger sur les critères de classement des moteurs utilisés, sur la validité des sources, d’effectuer une sélction des données pertinentes ».
SVT Classe de 3ème : 4ème partie « Responsabilité humaine en matière de santé et d’environnement » « Cette partie sera l’occasion d’un croisement des disciplines, d’un travail au centre de documentation et d’information avec le professeur-documentaliste (…) ».
Technologie : § sur TIC & B2i « Elle (la technologie) initie l’élève à (…) s’informer et se documenter en ayant un regard sélectif sur la pertinence des informations véhiculées par les réseaux (…) », Partie 5 « La communication et la gestion de l’information », sans mention du professeur-documentaliste !!! ;

Nous ne pouvons nous satisfaire de voir l’activité documentaire apparaître dans l’accompagnement éducatif, dispositif basé sur le volontariat des élèves. Ce choix du Ministère fait des recherches documentaires, non pas un enseignement dont doivent bénéficier tous les élèves, mais une simple activité annexe, alors qu’elle apparaît dans certains programmes, même de façon parcellaire.

2°- en lycée (dans le cadre de la réforme reportée à 2010 )
Classe de seconde : L’absence de lisibilité de cette réforme, qui n’a pas abouti, nous amène à nous interroger sur la place de l’information-documentation au lycée. Rien n’était prévu à l’époque dans le cadre des « modules d’exploration et d’approfondissement ». Aurait-t-elle intégrée à « l’accompagnement personnalisé » ? Ce dernier concernait, pour 3 heures hebdomadaires, la remise à niveau, le soutien scolaire, l’aide méthodologieque, l’aide à l’orientation, le travail d’expertise ( ?) et les travaux interdisciplinaires ( ?). Aurait-il été dans ces 2 derniers champs que les professeurs-documentalistes seraient intervenu, alors qu’il n’y avait aucune mention de « recherche documentaire », ni de « professeur-documentaliste » dans le projet ?

Le rapport pour la réforme du lycée 2010-2012 mentionne, entre autres, des travaux de recherche encadrés au centre de Documentation et d’Information, dans le cadre des enseignements d’accompagnement ou méthodologiques qui devraient représenter 10% des horaires hebdomadaires des lycéens.
Par ailleurs, que penser de la redéfinition des services des enseignants certifiés qui auraient 15 d’enseignement et 3 heures d’accompagnement pédagogique qui inclut le travail de recherche et de documentation ?
Quid du professeur-documentaliste certifié et ses 30 heures de services effectifs ?

L’absence de l’information-documentation dans les textes de cadrage pédagogique doit nous inciter à prendre toute notre place (la nature n’a-t-elle pas horreur du vide !?) dans le domaine de l’information-communication, des TICE et de l’éducation aux médias tel que le préconise, pour cette dernière, le sénateur David Assouline dans son rapport sur l’impact des nouveaux médias sur la jeunesse – page 92 « Le rôle des documentalistes ».

Rapellons que « L’instauration du CAPES de Sciences et Techniques Documentaires apporte la garantie d’une compétence professionnelle spécifique, rationalise le recrutement des personnes désireuses d’exercer dans les CDI (…). Elle est aussi le symbole de l’ancrage pédagogique de (la) profession », Extrait du discours de Lionel Jospin, Ministre de l’Éducation nationale au congrès de la Fédérations des Associations des Documentalistes Bibliothécaires de l’Éducation Nationale, 1989.

Nous, professeurs-documentalistes de l’académie devons nous mobiliser, dans les collectifs syndicaux, en partenariat avec l’association des professeurs-documentalistes de la Guadeloupe, pour apporter notre contribution à la réflexion sur le métier, car nous sommes convaincus que la réussite des élèves de notre académie passe aussi par la maîtrise des apprentissages informationnels et documentaires.

Claire FACORAT